Énergies renouvelables

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Quel avenir pour les énergies marines ?

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Les océans couvrent les trois quarts de la surface terrestre et les énergies de la mer sont de plus en plus à l’ordre du jour. Ce forum fait le point sur cette filière et le rôle qu’elle peut jouer dans les énergies renouvelables : quels avantages et quels inconvénients pour les énergies de la mer, quelles sont les technologies fiables ?

Participants à l’e-forum Valeurs Vertes du 25 janvier 2017 organisé en partenariat avec energiesdelamer.eu
Christophe Le Visage, Ingénieur, consultant en politiques et stratégies maritimes
Jean Piel, Chargé de communication au Comité Départemental des Pêches du Morbihan
Boris Fedorovsky, Conseiller Technique et économique, responsable Comité EMR au Gican
Frédéric Mourier, Responsable Recherche et Développement Eco Cinetic

Quel rôle pour l’Océan ?
Christophe Le Visage : L’océan est le plus grand capteur solaire du monde. L’énergie venue du soleil (et un peu de la lune, par les marées) est disponible en abondance et sous de nombreuses formes (courant, vent, marée, vague, chaleur). Grâce aux évolutions techniques de ces dernières années, poussées notamment par l’industrie pétrolière, on sait désormais capter cette énergie. Mieux distribuées que le pétrole, en principe accessibles à tous (« la mer, bien commun de l’humanité ») et exploitables sans impacts environnementaux majeurs, les Energies Marines Renouvelables (EMR) pourraient contribuer de manière déterminante à la transition énergétique, au risque de remplacer les pétromonarchies par des « technomonarchies » financières (les EMR, c’est compliqué et capitalistique) si les citoyens et les Etats ne revendiquent pas la souveraineté sur ces ressources en les inscrivant dans leurs politiques énergétiques et maritimes.

Les EMR représentent-elles une opportunité pour le secteur naval ?
Boris Fedorovsky : Le Gican est un groupement professionnel qui rassemble les industriels français du secteur naval et maritime et réunit les grands maîtres d’oeuvre, pour les systèmes et les équipementiers ainsi que les PME/ETI dont le savoir-faire, en matière de conception, construction, maintenance et mise en oeuvre des navires, s’applique aussi aux autres activités maritimes comme les énergies marines renouvelables. Les EMR sont une opportunité de diversification et de stabilité à long terme importante pour notre filière ; les marchés des navires étant eux largement cycliques. Elles ne posent pas de problèmes de sécurité, ni de démantèlement, et sont « locales », offrant donc une indépendance bienvenue, en particulier pour les zones iliennes ou mal connectées par le réseau électrique. La question des surcoûts, par rapport aux énergies les moins chères, reste importante, mais il y a une baisse rapide en cours du coût des EMR, qui devraient être compétitives d’ici 5 à 10 ans.

Pour les pêcheurs, les énergies marines présentent-elles des inconvénients ?
Jean Piel : Le projet d’implanter une ferme éolienne pilote entre Groix et Belle-Île (Morbihan) ne constitue pas une bonne nouvelle pour la pêche professionnelle. Un tel projet est synonyme de perte d’une zone de pêche (en l’occurrence 17 km² pour 4 éoliennes) ; de gène durant les travaux ; de rupture dans la continuité des zones de pêche ; d’inconnu quant aux conséquences sur les ressources halieutiques et l’environnement marin. Le Comité Départemental des Pêches Maritimes du Morbihan (organisme élu et paritaire, chargé de gérer et représenter la filière Pêche au niveau départemental) est bien conscient des enjeux nationaux en matière d’énergie marine renouvelable. Plutôt que de s’opposer frontalement à ce projet, nous avons donc demandé à être consulté à chaque étape de son développement ; ce qui a été accepté. Nous avons ainsi défini une « zone de moindre contrainte » qui répond aux normes techniques voulues par le développeur, mais où l’impact (de toute façon négatif) sera moindre pour la pêche professionnelle. Nous demandons que le câble de raccordement vers la terre soit intégralement enterré afin de pouvoir continuer à pêcher sur son tracé. Enfin, ce site doit rester un site pilote (pour des éoliennes flottantes, et non pas posées) et ne pas devenir un site industriel. Par la suite, des mesures compensatoires devront aussi être envisagées.

L’énergie hydrolienne se décline-t-elle seulement en milieu marin ?
Frédéric Mourier : Non. Nous-mêmes ne sommes pas concernés par les hydroliennes marines, mais par celles pouvant être placées en milieu fluvial et dans les estuaires. L’hydrolien fluvial et estuarien a plus de potentiel au niveau mondial mais l’hydrolien marin restera cher tandis que le fluvial peut voir ses coûts baisser en termes de technique, de résistance et de production. Il permet d’atteindre des zones plus reculées et d’obtenir de petites productions. Il ne s’agit de mettre en opposition des technologies complémentaires créatrices d’emplois.
Des normes se mettent en place et le choix de la technologie employée est primordial. Pour cette raison Ecocinetic a développé une turbine à rotation lente, sans bord d’attaque agressif. Elle est ichtyocompatible, même testée en milieu confiné comme des passes à poissons. Ce qui est loin d’être le cas de nombreuses turbines marines existantes ou en projets. Mais les projets pilotes sont là pour aboutir à une sélection de technologiques. Pour les raccordements et l’atterrage, nous faisons les choix de la proximité du lieu de consommation, pour réduire le coût et l’impact au minimum.

Comment faire ces choix ?
Boris Fedorovsky : Pour les EMR, il faudra développer des méthodes globales permettant d’apprécier les coûts et les bénéfices économiques, sociaux, écologiques des projets. Nous ne sommes qu’au début des réflexions. La difficulté c’est de favoriser indûment les développements passés, en fonctionnement comme le parc nucléaire français, réalisé à l’époque sans la prise en compte de réflexions globales comme l’empreinte environnementale.

Quel rôle dans la transition énergétique ?
Christophe Le Visage : Les EMR pourraient contribuer de manière déterminante à la transition énergétique, au risque de remplacer les pétromonarchies par des « technomonarchies » financières (les EMR, c’est compliqué et capitalistique) si les citoyens et les États ne revendiquent pas la souveraineté sur ces ressources en les inscrivant dans leurs politiques énergétiques et maritimes.

Quelle place pour l’hydrolien dans la filière ENR ?
Frédéric Mourier : Nous pensons que l’hydrolien fluvial et estuarien a plus de potentiel au niveau mondial. L’hydrolien marin est trop cher et le restera alors que les coûts du fluvial peuvent baisser très vite. Attention à ne pas réduire les EMR pour l’hydrolien, qui reste une filière marginale. Il existe de nombreuses filières EMR. Le potentiel de l’éolien est actuellement bien supérieur, et les coûts quasi compétitifs dans les pays les plus avancés.
Si on se limite aux courants de marée, le potentiel hydrolien est limité, pour un intérêt de proximité, mais celui des grands courants océaniques est considérable. Le Gulf Stream transporte plus d’énergie cinétique que tous les fleuves de la Terre. Capté à un prix acceptable, l’hydrolien aura peut-être un grand potentiel.

A-t-on déjà défini les fleuves en France et dans le monde qui pourraient bénéficier de ces technologies et sous quelles formes ?
Frédéric Mourier : Non, insuffisamment, c’est une enquête trop lourde pour des PME ou les TPE comme les nôtres (développeurs). Notre Fédération, France Hydrolien Fluvial, réclame aux pouvoirs publics la prise en compte nécessaire de réaliser cet inventaire avec des mesures sur le terrain : modélisation, analyse satellitaire… Rien n’existe pour l’instant, sur le terrain le potentiel est pourtant conséquent.

Combien le Gican représente-t-il d’emplois pour la filière et quelles technologies lui semblent-elles avoir de l’avenir en France ?
Boris Fedorovsky : Le Gican regroupe 170 adhérents actifs, bien sûr, dans la construction et la maintenance des navires, avec les équipements et services associés. Les navires pour les EMR commencent à faire partie de la production des chantiers français, pour l’essentiel spécialisés dans les navires pour passagers ou destinés à la défense. Les emplois de la filière navale française sont de l’ordre de 42 000 emplois industriels directs. Actuellement, on ne compte pas plus de 500 emplois déjà actifs pour les EMR, surtout chez DCNS et STX-France. Cela concerne surtout les premières fabrications pour les démonstrateurs et les fermes-pilotes pour l’éolien-offshore et l’hydrolien, mais aussi la fabrication de postes électriques en mer pour les champs EMR.
A la question quelles EMR ont le plus d’avenir en France, il y a d’abord l’éolien en retard par rapport à l’Europe du Nord, mais avec 10 à 15GW installés en France d’ici 2030. Pour l’éolien flottant et l’hydrolien la France se trouve parmi les deux ou trois principaux acteurs mondiaux au niveau des développements, y compris pour l’étape des fermes-pilotes. Elle devrait prendre les meilleures places lorsque, après 2020, viendra le développement des fermes commerciales, particulièrement pour les hydroliennes, dont le potentiel mondial est relativement limité, et pour lesquelles il faut être parmi « les premiers » sur le marché.
La France, avec DCNS, se trouve également au premier rang mondial pour ce qui concerne les développements technologiques pour l’Energie Thermique des Mers (ETM), très adaptée aux régions iliennes inter-tropicales.

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