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Israël : relever le défi de l’eau

GRENETIER-(2)

Le voyage d’études Waterlink en Israël, organisé en février par le B’nai B’rith France et le soutien actif du KKL France, avait pour thèmes l’eau et l’agriculture en milieu aride, avec un aperçu d’initiatives technologiques dans le domaine des énergies renouvelables et de la gestion du CO2. Comment un pays, dont la plus grand partie est un désert, (le Néguev) s’y prend-il pour faire face aux défis de l’eau ? Et comment réussit-il à être exportateur de fruits et légumes, grands consommateurs d’eau, malgré des ressources limitées ?

La première conférence, a été donnée par Abraham Tenne, ancien président de la Commission nationale du dessalement au sein de la Direction générale de l’Eau d’Israël, sur le thème de la stratégie destinée à combler l’écart entre la demande d’eau et les ressources disponibles. Les chiffres sont impressionnants : 2 160 millions de m3 par an sont nécessaires soit, 1 000 pour l’agriculture, 100 pour l’industrie, 780 pour les usages domestiques (croissance démographique de 1,8 % par an), 150 pour l’approvisionnement des voisins (Jordanie, autorité palestinienne), et 130 pour la réhabilitation des aquifères surexploités. Les ressources naturelles, 1 170 millions de m3 annuels, ne couvrant environ que la moitié des besoins. Comment faire ? La mise en place d’une haute autorité pour les eaux et les égouts ; un plan directeur à l’horizon 2050 ayant pour objectif d’assurer la sécurité des approvisionnements sans dépendre des régimes pluviométriques ; la vérité du prix de l’eau hors subventions (+ 40 % sur le prix en 7 ans) ; une gouvernance de l’eau associant puissance publique, parties prenantes locales (collectivités) et associations environnementales légitimes ; des programmes éducatifs dans les écoles et les médias pour sensibiliser et promouvoir la sobriété ; la fourniture de mitigeurs à air pour les usages domestiques (15 % d’économie).

Irriguer le désert

En fin de la saison des pluies, le pays est verdoyant, y compris à Beer Sheva, principale ville au nord du désert du Neguev. Mais attention, si la frange nord reçoit 700 à 900 mm d’eau par an (équivalent des précipitations moyennes en France), le sud à Eilat n’a que 20 mm par an, la limite des 200 mm passant précisément à Beer Sheva au milieu du pays. Avec une telle disposition géographique des ressources en eau, un des principaux défis du pays a été d’amener l’eau du nord dans les espaces du sud, pour satisfaire aux besoins des populations et développer l’agriculture.

Les ressources en eau du Lac de Tibériade (Kinneret en Hébreu), et des différentes nappes aquifères, ne suffisent plus à fournir l’eau nécessaire pour une population en accroissement soutenu et régulier. Depuis le début des années 2000, un programme ambitieux d’usines de dessalement de l’eau de mer a été mené. Actuellement, cinq usines produisent 60 % de l’eau potable, en utilisant la technologie de l’osmose inverse. L’enjeu consiste à acheminer cette eau, produite sur le littoral, vers l’intérieur des terres et à compléter le réseau de transport nordsud par un réseau ouest-est, notamment pour Jérusalem. Nous avons pu visiter la plus grande usine de dessalement au monde, Ashkelon, mise en service en 2010.

Des prix compétitifs

Le développement de l’agriculture n’aurait pas été possible sans la généralisation du recyclage et la réutilisation des eaux usées pour l’irrigation. L’usine de traitement des eaux de Shafdan, une des plus grandes usines du monde et la plus grande au Moyen-Orient, recycle les eaux usées de 2,5 millions d’habitants. Elle fournit 70% des eaux pour l’irrigation du Neguev, pour un prix de revient de 0,1 € par m3, permettant aux agriculteurs du Neguev – qui ne paient que le coût de revient et de transport – de disposer d’une eau bon marché et d’être ainsi compétitifs.

6% de l’énergie
utilisée en Israël l’est
pour produire, traiter
et distribuer l’eau

Depuis deux ans, l’usine s’est dotée de digesteurs pour les boues, qui produisent 70 000 tonnes d’engrais agricoles par an, et de turbines au biogaz de 11 Mégawatt, couvrant 70 % des besoins en électricité de l’usine. L’autonomie énergétique est visée dès 2017 avec l’installation de panneaux photovoltaïques. La performance énergétique de la production et du traitement de l’eau représente un enjeu important : 6% de l’énergie utilisée en Israël l’est pour produire, traiter et distribuer l’eau. L’usine de dessalement d’Ashkelon utilise ainsi la chaleur fatale de la centrale électrique voisine pour obtenir les hautes pressions et les hautes températures, nécessaires dans le processus d’osmose inverse.

Les efforts du pays en matière de recyclage de l’eau pour l’irrigation l’ont porté à la première place mondiale dans le taux de réutilisation des eaux usées : 86%, c’est presque le maximum théorique, compte-tenu des matières qu’il faut éliminer dans les eaux usées. A titre de comparaison pour l’Europe, l’Espagne atteint un taux de 15% et la France, ou la loi autorise l’utilisation de l’eau recyclée pour l’agriculture depuis 2010, à quelques pourcents.

Du côté de l’utilisation de l’eau, la recherche de variétés sobres en eau et l’utilisation de l’irrigation au goutte à goutte, ou de la micro aspersion, permettent de réduire les besoins. Les technologies israéliennes ne sont pas en reste sur ces sujets.

Les grandes réalisations, comme les usines de dessalement ou de retraitement d’eau, reçoivent des visiteurs du monde entier, et contribuent à la promotion du savoir-faire israélien dans ce domaine. Elles prennent une place de choix dans une infrastructure qui compte également des installations plus petites : 120 usines de retraitement et un maillage de 250 réservoirs pour stocker l’eau, lors de la saison des pluies, puis la restituer, notamment pour les besoins agricoles durant la sécheresse.

Les efforts du pays
en matière de recyclage de l’eau
pour l’irrigation l’ont porté
à la première place mondiale
dans les taux de réutilisation
des eaux usées

Le réservoir de Sderot, construit par le KKL (Fonds national juif) avec plusieurs soutiens internationaux, avec une contenance de 1 million de m3, permet de collecter les effluents purifiés et les eaux de ruissellement. Parmi les autres initiatives, citons celle de la bio-filtration des eaux de ruissellement du quartier de Kfar Saba non loin de Tel-Aviv. Inspirée d’un projet australien elle permet de récupérer les eaux polluées urbaines, de les traiter naturellement par bio-filtration avant de les réinjecter dans la nappe phréatique, ou de les utiliser pour irriguer, par exemple, un parc urbain.

Ce voyage nous a permis de voir des réalisations remarquables et d’entrevoir les enjeux importants qui dépassent la gestion technique de l’eau, visiblement bien maitrisée. Ces enjeux concernent l’accroissement démographique, et surtout les relations avec les voisins (Syrie, Liban, Jordanie, Autorité Palestinienne) dont une partie des ressources en eau est commune. A quand une gestion concertée ? Les accords de Taba régissant la répartition de l’eau entre Palestiniens et Israéliens, en vigueur depuis 1995, ont donné lieu à des coopérations effectives sur le terrain, malgré des difficultés d’ordre politique. La coopération avec la Jordanie est également à l’oeuvre, comme avec le plan de sauvegarde du Jourdain ou l’autorité palestinienne est également partie prenante. C’est ce que Norbert Lipszyc, auteur du livre « Crise mondiale de l’eau », co-organisateur et accompagnateur du voyage Waterlink, appelle l’hydro-diplomatie, où l’eau est élément de vie et facteur de paix.

 

 

SAUVETAGE DE LA RIVIÈRE YARKON

David Pergament, responsable de l’autorité de gestion de la rivière, nous parle de la rivière Yarkon, qui se jette dans la Méditerranée au nord de Tel-Aviv.

Petite rivière de 28 km, depuis sa source jusqu’à la mer, elle était soumise aux prélèvements destinés à l’agriculture et aux rejets d’effluents pollués, qui en avaient fait une rivière morte. Le dialogue instauré entre les municipalités riveraines, les agriculteurs, les pêcheurs, les usagers des rives pour les loisirs touristiques, ont permis de réhabiliter ce cours d’eau, devenu exemplaire. Ces échanges incluent les municipalités situées en amont, 60% du bassin versant de la rivière étant situé au-delà de la ligne de démarcation avec la Cisjordanie. L’Histoire d’Israël, depuis les temps bibliques, réserve une place centrale à la question de l’eau, comme en atteste le Musée de l’Eau de Nir-Am. A destination des écoliers, on y raconte la création, en une seule nuit, de 11 implantations dans le Néguev. Ensuite irriguées et exploitées elles ont permis de montrer, à la Commission de l’ONU, le savoir-faire de valorisation du désert. Cette Commission avait été chargée de définir en 1947 les contours des Etats, arabes et juifs, issus du partage de la Palestine, auparavant sous mandat britannique.

 

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