N° 105 : Agriculture,

la moisson des idées


Édito


L’INVERSION DES VALEURS !

A force de patauger dans les jeux du cirque, d’imaginer qu’un ballon peut servir d’exutoire à toutes les frustrations d’un peuple, qu’il peut construire un nouveau modèle de société, on arrive à une inversion des valeurs.


Qui met-on en lumière pour servir de modèles ? Des sportifs assoiffés d’argent et de biens matériels. Plongés dans leur égo le plus profond et encouragés par les médias et les sponsors à n’être que des ambassadeurs du vide, d’une téléréalité de terrain encore plus médiocre que celles des télés.
Pendant ce temps, on ne récompense ni la prise de risque des entrepreneurs, ni le talent des vrais artistes, ni le courage des professions en contact avec les dures réalités de la vie : médecins, personnel hospitalier, chercheurs, tous ceux qui se battent tous les jours.
Les leçons de l’Histoire, l’histoire de l’art, la profonde signification de la science ne sont pas enseignées aux enfants, laissés souvent seuls face aux valeurs stéréotypées.
Celle de la consommation frénétique, celle du mépris de celui qui n’a pas réussi à être loup parmi les hommes. Nous voilà formatés dans nos modes molles, mais aussi dans ce qui devraient être nos passions. Pour approcher l’information validée, c’est-à-dire sûre, il faut en posséder les clés : culture, réseaux, esprit critique. Toutes ces valeurs qu’on tend à oublier et sans lesquelles on peut gober les pires bobards !

Du pain et des jeux ! Ce genre de raisonnement a plombé l’empire romain. Chez nous, il laisse au bord de la route tous ceux qui sont tombés, pour mille raisons, du char social et ne croient plus en leurs possibilités.
Cette camisole intellectuelle empêche beaucoup de jeunes et de moins jeunes d’imaginer leur avenir. René Dubos avait écrit que la pire des choses est le chômage des jeunes, qu’il pouvait conduire à leur désocialisation et pire, à la fin de la démocratie. Nous n’y sommes pas tout à fait, mais que nos futurologues politiques regardent les taux de chômage des jeunes dans nos
pays européens !
Vivre par procuration, à travers les échos lointains de la vie des peoples, ce n’est pas vivre ! Vivre, c’est se passionner pour des aventures communes : la défense des idées, l’amour de ses semblables, la création d’une oeuvre – qu’elle naisse de la main assurée de l’artisan ou de l’inspiration de l’artiste – ou les découvertes de ces chercheurs scientifiques qui vont faire reculer la famine, la maladie. Mais les voyez-vous sur les tabloïds ? Les voyezvous dans nos télés qui se congratulent entre présentateurs.
Que les valeurs de l’innovation, de la richesse culturelle, de la jeunesse retrouvent leur place. Il n’y aura pas de développement
durable si ces valeurs restent occultées par une société finissante et égoïste.


Danielle Nocher