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Faut-il faire confiance aux monnaies complémentaires ?

La Pêche, monnaie locale de Montreuil
Illustrations : CendrineBonamiRedier
Graphisme : 23DEES

Suite aux multiples crises économiques, une crise de confiance apparaît dans les monnaies traditionnelles. Nous constatons une évolution du rapport à l’argent qui aboutit au développement de monnaies locales et/ou virtuels. Ces monnaies ont un point commun : elles reposent sur la confiance des membres de la communauté locale ou virtuel.

Pourquoi ces tendances émergent-elles ? Qui est à l’oeuvre ? Sur quoi repose cette confiance ? Que nous proposent ces monnaies ? Existe t il dans l’histoire des situations comparables ? En quoi la morale et l’éthique jouent-elles un rôle dans ces nouveaux rapports ?

Découvrir nos échanges : http://forum.valeursvertes.com/viewtopic.php?id=16097

6 invités ont accepté d’intervenir au débat :
Association Internationale pour le Soutien aux Économies Sociétales, Philippe Derruder, Co-président
VeraCash ean-François Faure, Jean-François Faure, Président Directeur Général
VertigoLab, Amélie Colle, chargée d’études
Mouvement SOL, Andrea Caro, coordinatrice
Proxinvest, Pierre-Henri Leroy, Président
Sidiese, Sébastien Ravut, Directeur des Stratégies Digitales

 

SYNTHÈSE DES ÉCHANGES

 

Redéfinir la notion de richesse – Philippe Derruder

Les monnaies complémentaires sont un moyen à la portée de tous pour redéfinir la richesse et entreprendre la révolution socio-économique que l’état du monde nous invite à entreprendre.

 

Le ticket restaurant : une monnaie complémentaireJean-François Faure

On redécouvre aujourd’hui, consciemment ou non, les avantages de tels principes, d’où l’explosion plus ou moins heureuse et réussie des monnaies locales, des crypto-monnaies et des monnaies complémentaires au sens large. Regardez la Grèce.

Pays de la zone Euro et qui redécouvre les avantages des monnaies locales pour éviter de sombrer dans la misère. (Reportage sur la crise Grecque : https://reporterre.net/En-Grece-une-monnaie-localepour). voyez la Suisse où les entreprises font usage du WIR lorsque l’économie du pays est attaquée. La morale et l’éthique ont une place majeure à prendre dans ces réflexions. Nous devons faire acte de pragmatisme, de modestie et ne pas vouloir tout faire d’un coup, au risque d’être inaudible. Le ticket restaurant, monnaie complémentaire, marche parfaitement car il est populaire, générateur de richesse positive et qu’il n’exclut personne.

 

La monnaie… pour le bien communAndréa Caro

Existant depuis 2005, notre mouvement associatif SOL est issu des travaux et du rapport « reconsidérer la richesse » réalisé par Patrick Viveret en 2002 sous le Gouvernement Jospin. SOL est un laboratoire citoyen pour tendre vers le bien-vivre, le bien-être qui compte une grande diversité d’acteurs du circuit économique : citoyens, habitants, collectivités, entreprises de l’ESS (Économie Sociale et Solidaire), banques « éthiques » (23 monnaies citoyennes différentes sur des supports divers : numérique, coupon-billet, etc). (Consultez le baromètre réalisé en 2016 : http:// www.sol-reseau.org/actualites/1-barometre-du-sol.)

 

L’Euro coûte à chaque Français – Jean-François Faure

La monnaie est une reconnaissance de dette au sein d’une société. Pourquoi devrait-on payer pour utiliser quelque chose qui devrait rester du ressort des citoyens, leur propriété. L’usage d’une monnaie dette telle que l’Euro coûte à un citoyen français environ 3 mois de salaires. On a tendance à confondre la dette avec le coût de la dette. Savez-vous que l’usure a été universellement illégale pendant des centaines d’années ? Actuellement l’usure est notre mode de fonctionnement alors qu’il était condamné par le passé.

 

Les plus vulnérables en première lignePierre-Henri Leroy

L’observation des marchés nous avait conduit à annoncer dès 2000 la forte probabilité d’une crise de confiance qui s’est produite en 2008, crise liée aux déséquilibres de la sphère financière créée par la banque universelle du fait de l’abandon dans les années 1980-1990 de la dissociation historique des activités de banque : activités protégées de dépôt/ crédit/paiement d’une part et, d’autre part, des activités de banques de marché de courtage, de services financiers divers et d’arbitrage d’actifs en tout genre (immobilier, énergie, céréales, métaux, bandes passantes, téléphone…), activités désormais protégées par la garantie des États sur les dépôts quoiqu’en disent les banquiers aujourd’hui.

Cette situation a des effets concentrationnaires générateurs d’inégalités très graves, et affecte évidemment les plus vulnérables.

Dès lors, les monnaies locales avec leurs nombreux mérites peuvent réduire la vulnérabilité des territoires et améliorer le vivre ensemble. Mais elle laissent hélas ces zones exposées aux effets de la spéculation débridée d’un système bancaire mondial irresponsable : le système bancaire et le système des monnaies sont évidemment amoraux, la banque universelle repose sur la construction d’un déséquilibre des forces qui tend mécaniquement à valider les comportements d’injustice qu’il faut bien qualifier d’immoraux.

 

Pourquoi la monaie Euro est-elle une monnaie dette ?Jean-François Faure

Nos monnaies fiduciaires sont devenues des monnaies dette depuis la première guerre mondiale où il a fallu dépenser plus d’or que les banques centrales n’en avaient dans leurs coffres. D’où l’utilisation de la planche à billets.

Dès les années 20, l’Angleterre a tenté d’y revenir et l’on considère que le retour des Anglais à l’étalon or a été une cause majeure de la crise de 29.

La monnaie dette, permet de générer de la monnaie par rapport à un travail futur. Aujourd’hui 3/4 de la monnaie est générée par les crédits bancaires. Vous empruntez 10 000 euros, la banque va générer 10 000 euros de monnaie dont une faible partie sera couverte par une contre partie. Le reste c’est la promesse de l’accomplissement de votre travail qui permettra de rembourser votre crédit. Au fur et à mesure que vous remboursez, la même quantité de monnaie est détruite.

Cela implique que nous soyons dans un monde en croissance perpétuelle. Et c’est là que ça coince. Décidez de réduire la croissance ? Moins de croissance, moins de crédit. Moins de crédit, moins de monnaie. Et moins de monnaie, moins de circulation de cette dernière et donc appauvrissement. Cela veut dire que notre système monétaire nous pousse dans une fuite en avant infernale, intenable au regard des valeurs morales et environnementales que nous prenons tous en ce début de 21ème siècle.

Quant au coût de notre monnaie ? Pourquoi passer 1/3 de votre année à la payer ? Combien payez-vous d’intérêts sur votre appartement ou la maison que vous avez achetée ? Combien payez-vous d’impôts sur le revenu ? Dans un cas les intérêts peuvent représenter une forte part du crédit et servent à financer le système en même temps que la monnaie est générée ou détruite. Et vos impôts sur le revenu remboursent aujourd’hui les seuls intérêts de la dette de la France. Là encore c’est notre système monétaire que l’on paye.

 

La chute du Coopeck – Sébastien Ravut

Je suis fondateur de l’annuaire des commerces responsables LeMarcheCitoyen.net, partenaire de plusieurs projets de monnaies complémentaires depuis 2006 : le SOL, représenté dans ce forum, le SOL Violette de Toulouse, mais aussi pour un temps court du RES belge. Par ailleurs, nous avons contribué au lancement du Symba d’Île-de-France et comme pour le Coopeck nous avons vu leur chute. Je dirige les projets digitaux de l’agence de communication Sidièse et nous avons créé une monnaie complémentaire pour notre réseau d’influence : le Follis (nom d’une ancienne monnaie romaine).

 

Il faut copier nos voisinsSébastien Ravut

Apprenons à « copier sur nos voisins ». Tous les projets de monnaies complémentaires locales ou nationales que j’ai étudiés ou auxquels j’ai participé ne réalisaient pas d’analyses des échecs du passé et ne partaient pas à l’étranger pour copier des modèles qui fonctionnent. On apprend à copier puis à améliorer les start-up mais pas à l’école de la République ! Il faut étudier ce qui fonctionne dans le RES belge, le WIR suisse et toutes les autres monnaies qui ont réussi.

Ce n’est pas « simple » mais la simplicité d’utilisation est la clé du succès. Par exemple : le SOL en 2008 fonctionnait avec une carte à puce à laquelle il fallait adjoindre un lecteur. C’était très complexe à utiliser par un commerçant ne pouvant se permettre de faire attendre ses clients. La carte papier (de fidélité) ou les billets qui ont je crois été utilisés à Toulouse permettent d’accélérer le flux et de satisfaire commerces et consommateurs. C’est aussi le cas de la Ville de Totnes et sa livre (son fameux billet de 21 pounds illustré avec la tête de David Bowie). L’effet d’entraînement de bonne humeur et de simplicité est aussi important que la garantie des valeurs de l’économie sociale et solidaire.

 

Comment le dispositif Ecosyst’M a-t-il réussi ?Amélie Colle

En France, le dispositif Ecosyst’M favorise le covoiturage en zone rurale et a permis sur la commune d’Ayen d’éviter l’émission de 1,8 tonne de CO2, ce qui est bien moindre mais prometteur pour un dispositif jeune et en pleine croissance.

 

Ne pas reprocher les dettes à l’EuroPierre-Henri Leroy

Il me semble aberrant de reprocher à l’Euro l’endettement collectif assumé par ses citoyens et engagé par les gouvernements individuels : depuis des années nous annoncions la cessation de paiement de la France (cf. livre de Philippe Jaffré, ex-directeur du trésor « Le Jour ou la France ne paiera plus »), mais que nous gérons heureusement depuis vingt ans cette question sur la base d’un écart acceptable de spread entre France et Allemagne. La dette excessive en charge d’intérêts est un problème politique français de dépense publique, pas un problème monétaire, même si l’euro aurait du mal à encaisser que la France soit comme la Grèce en cessation de paiement.

La force d’une monnaie puissante est aussi sa capacité d’emprunt. C’est aussi un avantage pour les politiciens soucieux de dépenser plus.

On ne doit pas dissocier une monnaie de son encours de crédit : ainsi l’Euro est associé à l’actif du bilan de la BCE et à l’encours net de crédit de toutes les banques de la Zone Euro. En relançant l’activité par un crédit gratuit massif aux banques, la BCE de Mario Draghi a sans doute sauvegardé une activité déclinante, l’Europe et le monde de la récession, mais elle a aussi grandement encouragé l’activité spéculative de ces banques qui prêtent moins à l’économie qu’elles ne font de placements pour elles-mêmes dans les métiers annexes évoqués plus haut.

 

L’or : une monnaie open-sourceJean-François Faure

Entre une monnaie dette, qui coûte en souffrance à la population, et une monnaie franche basée sur l’or, j’ai choisi mon camp.

Depuis 2013, 40 millions d’euros ont été émis en VeraCash. Au début dans une logique de thésaurisation sur l’or (je suis pragmatique pour faire avancer nos membres à leur rythme). Depuis 2016, l’équivalent d’un million d’euros a été échangé entre nos utilisateurs (services, échange contre des biens, dons, cagnottes). La prochaine étape cette année : permettre à nos membres de dépenser de manière native leurs VeraCash chez des professionnels qui aient la capacité eux aussi de les dépenser sans repasser par le système financier, tout en respectant les lois (ce n’est pas le Bitcoin). Ces professionnels chez VeraCash ont souhaité qu’ils soient plutôt porteurs des valeurs qui nous animent dans notre équipe et que l’on considère comme positives pour notre avenir à tous. Donc avoir des ambitions d’Économie Solidaire et Sociale (ESS) c’est possible avec de l’or. On affecte bien des euros à des projets positifs (La NEF).

Je n’aime pas que l’on catalogue négativement un projet comme VeraCash sans le connaître, juste parce qu’il est adossé à l’or. Comme si je considérais que l’Eusko est réservé à des extrémistes Basques (ce que je ne pense pas et j’adore le travail qui a été fait par Dante et ses amis pour valoriser la culture basque grâce à une monnaie). ■

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