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Bientôt une trame blanche ?

Bientôt-une-trame-blancheC’est sûrement la plus vieille cimenterie de France. Depuis 1881, à quelques encablures de la côte d’Opale, le coteau calcaire de Dannes est creusé pour fabriquer du ciment. Entre le cimentier suisse Holcim et le Conservatoire des espaces naturels du Nord – Pas de Calais, les relations, d’abord tendues, se sont pacifiées au bénéfice de ce milieu à la richesse biologique discrète mais essentielle.

Depuis le haut de la falaise calcaire, la mer du Nord étale ses couleurs d’huître. « S’il ne pleut pas, c’est qu’il fait beau », exagère en souriant le directeur de l’usine, Jacques Andres. 80 personnes travaillent ici, à Dannes, entre les dunes de la Côte d’Opale et le bocage boulonnais. Cette situation géographique particulière confère aux terres calcaires une richesse biologique de premier ordre. Mais en toute discrétion : qui pourrait espérer trouver des orchidées « homme pendu », des fourrés de genévriers – le seul conifère présent naturellement dans la région –, des gentianes amères et des sisymbres couchés, rares et protégés en Europe, sur les hauteurs de la carrière ? Comment imaginer que des espèces protégées s’abritent en ces lieux battus par les vents maritimes, où le sol paraît si fragile ? Il a fallu qu’Holcim entame, à la fin des années 1990, la procédure de renouvellement de son autorisation d’exploiter pour que s’engage un dialogue d’abord vif, puis constructif, avec le Conservatoire des espaces naturels, sur la nécessité de protéger cette biodiversité. De l’impasse au compromis « L’autorisation d’exploiter prenant fin en 2002, nous avions déposé en préfecture un dossier de renouvellement pour l’extension de notre carrière », explique Jacques Andres. La situation réglementaire s’étant durcie en 30 ans, le cimentier devait se plier aux exigences de l’étude d’impact et recevoir l’avis de la Direction régionale de l’environnement. Peu familière avec les problématiques liées à la biodiversité, la direction de l’usine apprend alors avec surprise que l’extension prévue de la carrière détruirait des milieux calcicoles exceptionnels. Ils abritent plus de 200 espèces végétales, dont certaines sont protégées au niveau européen. S’en suit une situation de blocage entre l’industriel d’un côté et la DIREN de l’autre. Le Conservatoire était également très préoccupé. « Nous savions que le site abritait des espèces méritant un classement en réserve naturelle : il ne subsiste plus que 1 000 ha de pelouses calcicoles dans la Région. Mais nous ne pouvions pas y accéder », se souvient Cédric Vanappelghem, du Conservatoire. L’éternel combat entre l’activité économique et l’écologie se prépare, faute de trouver un langage commun.L’impasse administrative met l’usine en danger : sans autorisation d’exploiter, il ne reste plus qu’à éteindre le four. Un compromis est trouvé in extremis. « Holcim a accepté de nous ouvrir ses portes, explique Cédric Vanappelghem. Nous avons alors recensé les zones les plus riches et proposé des mesures de gestion. » Holcim consent à ne pas exploiter les zones les plus intéressantes à la fois en termes miniers et écologiques, y instaure une réserve naturelle volontaire et en confie la gestion au Conservatoire. Ce dernier accepte qu’une piste soit tracée à flanc de coteau pour accéder à de nouveaux gisements de calcaire sur des milieux moins riches. Holcim obtient une dérogation pour détruire et déplacer quelques espèces végétales protégées sur le tracé de la piste. Au final, la DIREN a accordé un avis favorable.

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